LE
SYNDROME DE SAINT BARTH'…
Un
film de Lamar Hawkins
Scénario
Nathalie Lenoir
1 INT-JOUR
/ Appartement de Maud ; chambre; Générique
La
pièce est plongée dans une semi pénombre, les
rideaux (volets) sont fermés. Une tornade semble avoir dévasté
les lieux : le sol et les meubles sont jonchés de
vêtements froissés, magazines écornés,
courriers divers et autres emballages de chewing-gum, kleenex usagés,
cendriers pleins à ras bord. Une bougie, posée sur un
meuble, apporte la seule source d’harmonie.
Deux
grosses valises et un attache-case sont posés au pied du
bureau.
Sur
le lit, une paire de jambes féminines glissent sur les draps
froissés. La femme (de dos) se redresse. Elle prend une
bouteille de vodka à côté d’elle et boit
une grande rasade à même la bouteille.
La
femme (de dos) se lève. Elle ajuste l’élastique
de sa culotte du bout d’un doigt. Elle se penche, ramasse une
jupe au sol et l’enfile. Puis, en titubant, elle va chercher un
pull posé sur la balustrade de la mezzanine et l’enfile.
La
femme entre dans la salle de bain. Sa silhouette se dessine derrière
le store : elle va aux toilettes.
En
sortant de la salle de bain, le pied de la femme évite de peu
une boîte de chocolats mais shoote dans un gros cendrier de
cristal, envoyant valser une dizaine de mégots sur le sol.
MAUD (OFF)
Merde !
La
femme (de dos) s’accroupit et entreprend de ramasser les mégots
pour les remettre dans le cendrier. Ses gestes sont lents, comateux.
Elle renonce au bout de quelques secondes. Elle attrape la bougie et
se sert de la flamme pour rallumer l’un des mégots. En
expirant la fumée, elle éteint la bougie. Le bout rouge
de la cigarette se détache dans la pénombre.
1a INT-JOUR
/ Appartement de Maud ; salon
La
femme (vue d’en haut) entre dans le salon et se met à
fouiller la pièce, inspectant tous les objets amassés
sur les tables, consoles, étagères. Elle finit par
trouver ce qu’elle cherchait : un CD.
Elle
s’approche d’une chaîne hi-fi. Elle l’allume
et met le CD. Une musique entraînante emplit soudain
l’appartement.
Une
bouilloire se met à siffler. La femme se dirige vers la
cuisine américaine.
2 INT-JOUR
/ Appartement de Maud; cuisine
La
femme passe derrière le comptoir : MAUD a
environ trente-cinq ans. Son visage est très beau mais marqué
par le chagrin et l’ivresse : ses yeux sont gonflés
et injectés de sang, son mascara a coulé le long de ses
joues, son teint pâle est constellé de rougeurs, ses
cheveux sont hirsutes et emmêlés.
Maud,
la main tremblante, éteint la plaque et saisit la bouilloire.
Le plan de travail est recouvert d’objets, de vaisselle sale.
Maud le balaye du revers de sa main libre, faisant tomber le bric à
brac dans l’évier. Puis, elle pose la bouilloire.
Maud
verse l’eau bouillante dans un mug. Puis, elle sort un sachet
de thé d’une boîte et le trempe dans le mug.
Maud
jette le sachet usagé dans l’évier et aperçoit
une lettre froissée, sous un couteau de cuisine. La jeune
femme sort la lettre, la défroisse et s’adosse au
réfrigérateur, le mug à la main, pour lire ce
courrier.
La
lettre est datée du jeudi 23 août. Maud ne peut détacher
ses yeux de la lettre, dont l’encre est délavée
par ses larmes.
TIM
(OFF)
…
tu conviendras sans doute que c’est beaucoup mieux
pour nous deux, nous aurions fini par nous étouffer
mutuellement.
Les
yeux de Maud s’emplissent de larmes. Elle se met à
renifler et veut essuyer son nez du dos de sa main (celle qui tient
le mug). Le mug penche, Maud se brûle avec le thé. Elle
laisse tomber le mug qui explose sur le carrelage. Elle regarde les
débris d'un air piteux et se laisse glisser au sol.
Une
photo est aimantée sur le frigo : Maud y apparaît
avec un bel homme d’environ quarante ans (TIM), qui sourit d'un
air triomphant. Ils se trouvent sur une plage tropicale (sable blanc,
mer azur, palmiers), derrière eux, une pancarte indique
« Bienvenue à Saint Barth' ».
Maud
attrape la photo machinalement et l’observe. Nouvelle chanson,
Maud lève les yeux, agacée. Elle laisse tomber la
photo.
La
jeune femme tente péniblement de se redresser.
TIM
(OFF)
Crois
bien que cette décision me coûte énormément
et que tu seras toujours, d'une manière ou d'une autre, dans
mon cœur.
En
sortant de la cuisine, Maud marche sur la photo.
3 INT-JOUR
/ Appartement de Maud ; mezzanine-chambre
Maud
monte l’escalier. Elle traverse la chambre et saisit
énergiquement une valise. Elle la traîne jusqu’à
la mezzanine et la vide par dessus la balustrade. Puis, elle réitère
l’opération avec la seconde valise. Une pluie de
vêtements tombe sur le parquet du salon.
TIM
(OFF)
Je
m’envole demain soir pour Saint Barth, le lieu de
nos premières amours. J'ai besoin d'y retourner une dernière
fois pour apprendre à me détacher de toi. Je n’ai
emporté que le strict nécessaire mais j’enverrai
quelqu’un pour chercher mes affaires dans le courant de la
semaine…
MAUD
(entre ses dents)
Salaud.
Maud
se rue sur l’attache case et en renverse le contenu sur le sol.
Elle déchire méthodiquement les documents. Puis, elle
saisit un petit répertoire à la couverture de cuir.
Maud tente frénétiquement de le déchirer. Une
carte de visite tombe du carnet. La jeune femme la ramasse sur le
sol.
La
carte porte cette inscription :
Marie-Agnès
Blanchard
PSYCHANALYSTE
65,
boulevard Malesherbes…
Maud
observe la carte, perplexe, la retourne. Le verso est vierge.
4 INT-JOUR
/ Appartement de Maud, chambre
Maud,
a quatre pattes, se dirige vers la table de chevet. Sur le meuble
trônent une bouteille de vodka et un téléphone.
Elle
pose la carte de visite sur le chevet et prend la bouteille. Elle
s’adosse au mur, boit une grande rasade d’alcool. Puis,
elle saisit le téléphone, coince le combiné
contre son épaule et compose le numéro.
MAUD
(au téléphone)
Oui,
bonjour. J’aimerais prendre un rendez-vous. Aujourd’hui,
c’est très important.
5 INT-JOUR
/ Appartement de Marie-Agnès ; cabinet
Un
appartement Haussmannien : hauts plafonds, moulures, grandes
fenêtres aux boiseries anciennes.
Une
femme, de dos, est assise devant un somptueux bureau. Elle a le
combiné du téléphone coincé contre
l'épaule et ouvre son courrier avec un élégant
coupe-papier.
MARIE-AGNES
(OFF)
Je
suis désolée mademoiselle, mais j’organise mes
consultations une semaine à l’avance. Si vous le
souhaitez, je peux vous donner le numéro des urgences
psychiatriques…
MARIE-AGNES
(OFF)
Non,
écoutez, aujourd’hui, c’est absolument impossible.
Je prends l'avion ce soir, je ne serai pas de retour avant quinze
jours…
6 INT-JOUR
/ Appartement de Maud ; chambre
Maud
est toujours adossée au mur, le téléphone vissé
à l’oreille. Elle est livide.
MAUD
(hurlant dans l’appareil)
SALOPE !!!!!
Maud
raccroche brusquement.
Elle
se lève et se met à tourner dans la pièce comme
une lionne en cage.
MAUD
La
garce ! La salope !
Soudain,
Maud marche sur quelque chose et se fige. Elle baisse les yeux. Son
pied a écrasé un chocolat à la liqueur.
Maud
se tourne vers la salle de bain. Elle traverse la chambre en
boitillant, entre dans la salle de bain et pose maladroitement son
pied sale dans le lavabo.
7 INT-JOUR
/ Appartement de Maud ; salle de bain
Maud,
le pied dans le lavabo, se contorsionne pour attraper une serviette
posée sur la porte du placard. La jeune femme trébuche.
Dans sa chute, elle se rattrape à la porte du placard qui
s’ouvre en grand, laissant voir une véritable annexe
d’hôpital : des dizaines de boîtes et flacons
de médicaments sont alignés sur les rayons. Il y a,
entre autres, des excitants, des calmants, des somnifères, des
anti-dépresseurs…
Maud
saisit une boîte, en faisant tomber d'autres au passage.
8 INT-JOUR
/ Appartement de Maud ; chambre-escaliers
Maud
(de dos) enfile une paire de mules à talons et une parka de
Tim.
Elle
descend les escaliers en titubant, la boite de médicaments à
la main.
9 INT-JOUR
/ Appartement de Maud; salon
Maud
(de dos) passe devant la cuisine, se penche au dessus du comptoir et
saisit une bouteille de gin. Elle la glisse dans une poche de la
parka. Puis, elle sort de la pièce.
Au
bout d'un instant, elle revient et attrape un couteau de cuisine.
Elle prend son sac à main, sur le comptoir, et y glisse le
couteau et la boîte de médicaments.
Elle
sort et claque la porte d’entrée derrière elle.
10 EXT-JOUR
/ Dans la rue
Maud
hèle un taxi.
Le
véhicule s’arrête devant elle.
Maud
se penche à la fenêtre.
MAUD
(au chauffeur)
65,
boulevard Malesherbes.
11 INT-JOUR
/ Dans le taxi
Maud,
enfoncée dans le siège, avale une poignée de
médicaments et les fait passer avec une grande gorgée
de gin.
12 EXT-JOUR
/ Boulevard
Le
taxi s’arrête devant un immeuble.
Maud
descend du véhicule, sa bouteille à la main, remet
maladroitement son sac sur son épaule et manque de s’étaler
sur le trottoir.
Perchée
sur ses mules, elle tente de retrouver un vague équilibre. Le
taxi s’éloigne.
Maud
se dirige vers la porte de l’immeuble en titubant.
Arrivée
devant la porte du numéro 65, du bout du doigt, elle cherche
le nom Blanchard sur l’interphone.
Elle
appuie longuement sur le bouton correspondant.
MARIE-AGNES
(Dans l’interphone)
Oui ?
Maud
approche sa bouche de l’interphone, elle y colle presque ses
lèvres.
MAUD
(ivre)
C’est
pour mon rendez, mon rendez-vous. J’ai téléphoné.
MARIE-AGNES
(OFF)
Je
suis désolée, mademoiselle, mais je vous ai déjà
dit que je ne pouvais pas vous recevoir aujourd’hui.
MAUD
Ouvre-moi,
Marie-truc, psy de mes deux, ou j’enfonce ta porte !
Maud
menace l'interphone du poing.
Marie-Agnès
raccroche (off).
Maud,
sa bouteille sous le bras, frappe contre la lourde porte des deux
poings.
Les
rares passants l’observent avec un mélange de mépris
et d’inquiétude.
La
jeune femme se calme. Elle s’éloigne de quelques pas.
Puis, elle revient s'asseoir sur le perron. Elle prend dans son sac
une poignée de médicaments et boit une gorgée de
gin.
A
cet instant, quelqu’un sort de l’immeuble. Maud se lève
d'un bond et se précipite à l’intérieur.
13 INT-JOUR
/ Palier de l’appartement de Marie-Agnès
Maud
sort de l’ascenseur, la porte se referme sur son sac à
main. La jeune femme lutte quelques secondes avec la porte avant de
dégager le sac.
Puis,
elle se dirige vers la porte de la psychanalyste, qui porte une
plaque professionnelle, et elle laisse son doigt enfoncé sur
la sonnette.
Maud
attend. Elle enlève la parka et pose la bouteille à
côté de la porte.
Au
bout d’une minute, la porte s’ouvre et MARIE-AGNES
apparaît sur le seuil. C’est une femme d’environ
quarante-cinq ans, belle mais très austère, précocement
fanée. Elle porte un tailleur haute couture strict. Les deux
femmes se fixent, ébahies.
MAUD
(balbutiant)
T’es
Marie-Agnès ?
MARIE-AGNES
Oui.
Marie-Agnès Blanchard.
14 INT-JOUR
/ Appartement de Marie-Agnès ; entrée
Maud
entre dans l’appartement et tend sa parka à Marie-Agnès
d’un geste nonchalant. Puis, elle s’engage dans le
couloir.
Marie-Agnès
la suit du regard, stupéfaite.
MARIE-AGNES
Mais
où croyez-vous aller comme ça ?! S’il vous
plait ? Mademoiselle ?
Maud
ne lui répond pas, elle poursuit sa route, observant le faste
de l’appartement : parquets de chêne, belles
gravures aux murs, appliques de cristal.
15 INT-JOUR
/ Appartement de Marie-Agnès ; salon
Maud
entre dans la somptueuse pièce et se met à faire
l’inventaire. Marie-Agnès est sur ses talons.
La
pièce est d’une propreté exemplaire. Les meubles,
les rideaux, le grand bouquet qui orne la table respirent le luxe.
Tout est soigneusement rangé, chaque chose semble à sa
place. Sur une immense bibliothèque, des bibelots rares et des
cadres sont disposés avec minutie.
MAUD
Tu
parles trop, Marie-machin. Ne me prends pas de haut, tu es payée
pour écouter. Alors, c’est à moi de parler, ma
vielle.
MARIE-AGNES
Ecoutez,
là, je n’ai vraiment pas le temps. Si vous voulez
absolument obtenir un rendez-vous aujourd’hui, je vais vous
donner les coordonnées d’un confrère.
Maud
se penche vers la psychiatre et s’appuie sur elle, lui
soufflant sa mauvaise haleine au visage.
MAUD
Alors,
tu me l’accordes, mon rendez-vous, Marie-Chantal ?
Marie-Agnès
éloigne la jeune femme avec douceur mais fermeté. Elle
l’escorte jusqu’au cabinet.
MARIE-AGNES
C’est
Marie-Agnès. Et je vous préviens, mes honoraires sont
très élevés.
16 INT-JOUR
/ Appartement de Marie-Agnès ; cabinet
Maud
est allongée sur le divan. Sa veste est à cheval sur le
dossier. Son sac à main est posé sur le plancher. Le
ventre de la jeune femme gargouille bruyamment. Elle le masse en
grimaçant.
A
côté d’elle, une table basse sur laquelle sont
posés une carafe de whisky et un verre.
Marie-Agnès
est installée derrière son bureau. Elle prend des notes
sur un carnet.
MAUD
…on
partage quelque chose de vraiment spécial, unique. Je ne
comprends pas comment il peut balayer trois années de vie
commune en une seconde. (elle jette un œil à la psy)
Tout ça pour une vieille bique…
Marie-Agnès
écoute la jeune femme d’un air agacé. Sur son
carnet, elle note : trois maillots de bain, crème
solaire, robe bleue, ne pas oublier de demander à la concierge
d’arroser les plantes…
Maud
poursuit son monologue. Son corps se crispe à intervalles
réguliers.
MAUD
…Il
cherche une image maternelle, c’est la seule explication
possible. Tu dois connaître ça, toi, la psy. Hein ?!
MARIE-AGNES
(machinalement)
Oui.
Oui.
Maud
se redresse en grimaçant. De grosses gouttes de sueur coulent
sur son front. Elle se penche vers la carafe de whisky et se tord de
douleur.
MAUD
La
vache !!!
Marie-Agnès
lève les yeux de son carnet.
MARIE-AGNES
(distraite)
Pardon ?
Marie-Agnès
se replonge dans sa liste.
Maud
s’éponge le front du revers de la main, livide. Elle
attrape son sac et le met sur ses genoux. Sa main tremblante a du mal
à ouvrir le zip. La jeune femme sort la boîte de
médicaments de son sac et l’observe. Ses yeux
s’écarquillent : il s’agit de laxatifs.
MAUD
(pour elle-même)
Merde !
Maud
se lève avec peine, courbée par la douleur abdominale.
MAUD
(gênée)
Les
toilettes ?!
Marie-Agnès
la fixe sans comprendre.
MARIE-AGNES
Quoi ?
MAUD
Les
toilettes !!!
MARIE-AGNES
(agacée)
Sur
la droite, en sortant du salon, il y a un second couloir, c’est…
Maud
ne lui laisse pas le temps d’achever sa phrase, elle sort
précipitamment de la pièce, courbée en deux.
Marie-Agnès
la regarde sortir et se replonge dans sa liste.
17 INT-JOUR
/ Appartement de Marie-Agnès ; couloir
Marie-Agnès
fait les cent pas. Elle tient les affaires de Maud. Sa mâchoire
est contractée, ses lèvres pincées. Elle jette
un œil à sa montre en soupirant.
Chasse
d'eau et bruit de lavabo (off).
La
porte s’entrouvre et la tête de Maud apparaît dans
l’entrebâillement. Puis, la jeune femme sort des
toilettes, visiblement soulagée : ses joues ont repris
quelques couleurs et sa démarche est plus assurée. Elle
rajuste maladroitement sa coiffure et remet un peu d'ordre dans sa
tenue.
Marie-Agnès
vient à sa rencontre, elle lui tend son sac, lui passe sa
veste sur les épaules et lui fait faire demi-tour.
MARIE-AGNES
Bien.
Maintenant que vous allez mieux, vous allez pouvoir rentrer chez
vous. J’ai un rendez-vous.
MAUD
Ouais.
Votre avion.
Les
deux femmes passent devant des cadres. Maud les observe
machinalement.
Maud
lâche son sac et revient sur ses pas. Elle fixe un cadre en
particulier. La photo représente Tim et Marie-Agnès,
bronzés et souriants. Ils se trouvent sur une plage tropicale,
sous l’enseigne « Bienvenue à Saint Barth’ ».
Marie-Agnès
ramasse le sac.
MAUD
Je
veux le voir. Je dois absolument lui parler. Je sais qu'il est ici.
MARIE-AGNES
Il
n’y a que nous deux dans cet appartement, ce qui fait déjà
une personne de trop.
Maud
s’avance vers Marie-Agnès. La psychanalyste pousse Maud
vers la porte mais cette dernière se retient à
l’encadrement. Marie-Agnès se cogne au dos de Maud.
Maud
se retourne et s’agrippe à Marie-Agnès d’un
air implorant.
MAUD
Je
veux voir Tim !
Marie-Agnès
repousse la jeune femme.
MARIE-AGNES
(ébahie)
Tim ? Tim Fordam ?
MAUD
Evidemment !
Marie-Agnès
s’avance vers Maud.
MARIE-AGNES
Et
vous êtes ensemble depuis trois ans ?
MAUD
(perplexe)
Oui,
je te l’ai déjà dit.
Marie-Agnès
donne un grand coup de sac à Maud, l’envoyant valser
dans le salon.
Marie-Agnès
donne un autre coup de sac, qui heurte le chambranle de la porte. Le
choc la propulse dans le salon.
18 INT-JOUR
/ Appartement de Marie-Agnès ; salon
Maud
atterrit sur le canapé avec tellement d’élan
qu’elle bascule derrière.
Marie-Agnès
entre dans le salon au moment où la tête de Maud surgit
de derrière le canapé. Marie-Agnès attrape un
objet et le lance vers Maud. L’objet rebondit sur le canapé
tandis que Maud plonge derrière le dossier.
Marie-Agnès
se rue sur le canapé. Son élan la fait passer
par-dessus le meuble et tomber derrière, sur le dos.
Maud
tente de se relever mais Marie-Agnès se ressaisit aussitôt
et attrape un des pieds de sa rivale. Maud se débat, se
trémousse et rampe pour s’échapper. Mais
Marie-Agnès la tient fermement par les mollets et la tire vers
elle.
Maud
lutte de plus belle. Elle aperçoit son sac à main, au
bout du couloir.
Maud
écrase la tête de Marie-Agnès de son pied libre
te se libère. Marie-Agnès ne peut retenir qu’une
chaussure.
Maud
se redresse. Elle contourne le canapé et court en boitant vers
son sac. Elle le récupère et s’enfuit vers le
cabinet.
Marie-Agnès
se lève. Elle enjambe le canapé et poursuit Maud.
19 INT-JOUR
/ Appartement de Marie-Agnès ; cabinet
Maud
entre dans la pièce à cloche-pied et ouvre son sac.
Elle en extirpe le couteau de cuisine.
Marie-Agnès
apparaît sur le seuil de la pièce, la chaussure à
la main. Elle est essoufflée.
Maud
lui montre le couteau d’un air mauvais.
Marie-Agnès,
imperturbable, referme la porte derrière elle
MARIE-AGNES
Assez
joué.
Les
deux femmes se toisent.
MAUD
Tu
vas morfler, la vieille.
Marie-Agnès
s'approche lentement en brandissant la chaussure comme une arme. Les
deux femmes se tournent autour comme des fauves en cage.
MARIE-AGNES
Compte
là dessus, va, connasse.
MAUD
Pour
qui tu t’prends, vieux débris ?!
MARIE-AGNES
Pétasse!
Marie-Agnès
se rue sur Maud avec la chaussure. Maud, paniquée, fait un
bond de côté. Marie-Agnès, emportée par
son élan, tombe lourdement au sol.
Maud
se penche sur sa rivale, couteau à la main.
MARIE-AGNES
Ca
suffit. Je ne t’ai pas volé Tim, idiote. C’est
exactement l’inverse.
Maud
se fige. Elle l’observe, abasourdie.
MARIE-AGNES
Il
m’a quittée pour une femme plus jeune, il y a trois ans,
une certaine Maud. (temps) Bienvenue au club des vieilles, Maudhdial.php.
Les
yeux de Maud se remplissent de larmes. Elle lâche son couteau
et se laisse glisser au sol.
Les
deux femmes sont assises côte à côte, les yeux
dans le vague.
Maud
pleure en silence. Marie-Agnès lui tapote maladroitement le
bras d’un geste plein de compassion.
20 INT-JOUR
/ Appartement de Marie-Agnès ; cabinet
Marie-Agnès
est allongée sur le divan. Maud est assise par terre, adossée
au divan. Elles ont chacune un verre de whisky à la main.
MARIE-AGNES
Je
passe mon temps à dire à mes patientes que le temps
efface ce genre de blessures mais je n’en pense pas un mot. Je
suis bien placée pour savoir que c’est faux.
MAUD
Tu
sais, à l’époque où j’ai rencontré
Tim, je ne savais pas qu’il partageait sa vie avec quelqu’un.
MARIE-AGNES
(pince sans rire)
Et
sa nouvelle maîtresse ignore sans doute ton existence. Cas
classique du séducteur compulsif. Il n’a même pas
l’originalité, ou la décence, de changer de
destination.
Maud
leur ressert à boire. Elle fixe son verre d’un air
triste.
Un
sourire énigmatique illumine le visage de Marie-Agnès.
MARIE-AGNES
On
peut encore attraper l’avion. Viens avec moi.
MAUD
(ébahie)
Où?
MARIE-AGNES
A
Saint Barth'.
Maud
fixe un point dans le vide, perplexe. Son visage s’éclaire
et se fend d’un large sourire.
La
caméra sort du cabinet et avance dans le couloir. On entend
une musique tropicale. Vue plongeante sur le cadre avec la photo de
Tim, sous l’enseigne « Bienvenue à Saint
Barth' ».
FIN
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